Influences notables, irrévérences aimables, introspections palpables et déhanchements agréables, voici la playlist du moment, de l'heure, de la seconde ...
Disco Balls / Flying Lotus (Album : inconnu)
Je suis longtemps resté fermer aux productions californiennes.
La guerre West Coast/Est Coast n'a pour moi pas lieu d'être : les premiers ont toujours fait du hip-hop, les seconds transpirent hip-hop, mangent hip-hop, pensent hip-hop, en un mot vivent hip-hop.
Mais voilà, c'était sans compter les indépendants. Parce qu'ils ont beau habiter la Bay Area, ils font aussi bien (parfois mieux!) que leurs confrères de l'est. Et sont devenus ces dernières années le vivier principal de producteurs d'exception.
Flying Lotus en fait partie. Et ces deux derniers albums le hissent petit à petit parmis les grands.
Disco Ball est une agression, un uppercut de basses saturées enveloppé proprement dans des nappes de synthé stridentes et entêtantes. Une prod parfaite, tout simplement...
The Explanation / The Gigantics feat. Aesop Rock, Eligh & Reason (Album : Die Already)
Pas même le temps d'un souffle que l'on s'engouffre (volontairement ou non) dans ce titre d'une précision chirurgicale.
Le duel prend place dans un western minimaliste et incisif.
Aesop dégaine le premier et tue dès la première rime.
Invitation magistrale d'une voix grave au débit et à la mesure iréels : notre géant préféré plante le décor.
Mais sa bouche n'est pas un colt mais bien un uzi qui continue de canarder le corps inerte de son adversaire.
Fin du film ? C'était sans compter sur Eligh qui, chapeau couché sur les yeux et après avoir laisser parler son harmonica, s'immisce dans l'action et termine comme on était en droit de l'attendre.
Qui a dit qu'on en avait assez des happy end ?
Routine / Mr Sly (Album : Coming soon...)
Toucher au Yumeji's Theme d'In the Mood for Love... On me l'aurait mentionné, j'aurais crié au scandale!
Dans des temps anciens, on aurait même brûlé vif quiconque se serait aventuré à chanter sur de la musique classique.
Puis Mozart l'a initié... Et aujourd'hui, Monsieur Sly le fait perdurer.
Splendeur de la forme, impact des textes, l'ex Versallais nous plonge dans un monde noir et avisé, intimiste et percutant.
Son monde.
Et au vu, des autres titres du bonhomme, le noir risque d'être à la mode cet été.
Alors favoritisme amical ? Non.
Vraie raison d'être dans cette playlist ? Assurément.
Prime Cuts Hit That Gash Remix / Foreign Beggars (Maxi : Hit That Gash EP)
On ne le dit pas souvent mais les indiens sont forts.
Certes en France, ils font partis majoritairement de la classe très basse de la population.
Mais en Angleterre et à Londres plus particulièrement, ils représentent la communauté d'immigrants la plus importante à laquelle est accordée la considération qu'elle mérite.
Et chez eux, ils font tourner une industrie cinématographique qui génère plus d'argent que le grand Hollywood.
Cette année, les indiens ont été impressionants.
Tout d'abord, ils gagnent 8 oscars pour un film à petit budget qui se déroule dans leur pays avec leurs acteurs. Le tout réalisé par un anglais de renom.
Parralèle oblige quand on découvre ce MC au flow hors du commun d'origine indienne et vivant en Angleterre qui se révèle être un des deux membres du groupe Foreign Beggars. Alors certes, il n'y a pas que lui dans le groupe mais, pour l'avoir vu sur scène, ces performances valent le détour.
Mais pourquoi vous parler de lui alors qu'il ne chante même pas dans le morceau ? Pour donner envie d'en écouter plus, toujours plus.
Car oui, ce morceau est un remix sans voix. Et aussi sans appel.
Violence primiaire, choc des basses et des scratchs, vocodeurs en prime.
Cette bombe n'est pas à mettre dans toutes les oreilles, pouvant causer suées et palpitations cardiaques excessives chez les âmes sensibles, frénésie immédiate chez les habitués.
Un conseil : arrêtez le red bull, il y a assez d'énergie condensée là dedans.
One Month Off / Bloc Party (Album : Intimacy)
Le premier album de Bloc Party m'a perturbé.
Autant de morceaux de qualité condensés en un seul et unique projet, on ne pouvait que saluer la prestation. Car ce qui s'avérait être une règle d'or auparavant (l'homogénéité au sein des albums, dans le bon ou le mauvais) s'est perdu quelque peu avec un grand nombre de disques en dents de scie.
One Month Off est le reflet de l'énergie générée par ce groupe. Une énergie propre au rock anglais, caractérisée par ses guitares éléctriques au tempo saccadées et ses batteries aux rythmes insoutenables.
Alors c'est sûr, encore faut-il aimer le rock et cette forme de rock...
Encore faut-il s'accoutumer aux relans new wave de la voix du chanteur...
Encore faut-il apprécier cette nervosité et l'excitation qui transpire de ces mélodies qui réveillerait un mort...
Mais, au final, si vous n'y arrivez pas, il ne faut pas se forcer, chacun son truc...
Ballskin / Doom aka MF Doom (Album : Born like this)
Je les entends déjà, les médisants. Parler, décrier, conspuer contre le maître.
Pourquoi ? Parce que sa présence au sein de ma playlist ne fait, selon eux, plus preuve d'aucune objectivité.
Il est vrai mais cette fois-ci, l'évènement est de taille puisque l'ex KMD annonce par le biais de ce titre son nouvel album qui était sorti en avril dernier, Born Like This.
Et le gros monsieur ne déçoit pas. Au contraire, c'est avec du punch et des punchlines toujours aussi aiguisées qu'il marque son retour. Il y a du "Rock Cokane Flow" (De la Soul feat DOOM) dans ce titre et ce n'est pas pour nous déplaire.
1 minutes 31 secondes, c'est court ?
Quand c'est bon, on ne compte pas.
Vol au dessus d'un canapé / L'Exécuteur de Hong-Kong (Album : Temps Précieux)
Qui est ce personnage étrange au nom extravagant dont les films et acteurs de série Z servent de toile de fond à ses chansons ?
Aucune affiliation à un rappeur français mais lorsque l'on voit la qualité de ces compositions, on ne cherche plus vraiment de réponses.
Boucles de funk à gogo parsemées de samples de jazz et de réminiscences de soul, on se croit directement sorti de Shaft ou d'un épisode de Starsky et Hutch.
L'humour en sus car il est omniprésent dans ces textes et il atteint son paroxysme avec des titres tels que Vol au dessus d"un canapé.
L'ambiance qui y règne est aussi dense que la fumée d'un gros joint et arrive au même rendu : un sourire gaga aux lèvres.
Et oui, toi aussi lorsque la musique s'arrête, "t'es tout tout fonsdé"... et mort de rire !
Video Tapez / Amplive feat. Del The Funky Homosapiens (Album : Rainydayz Remixes)
On ne va pas revenir là dessus, s'attarder en éloges, le dernier album de Radiohead a finit d'enfoncer le clou.
Influence imparable, le groupe orginaire de l'Oxfordshire ne l'est pas seulement dans son style de prédilection puisque certains rappeurs et producteurs hip-hop (les plus inspirés ?) ne pas peur de les glorifiés.
Amplive nous propose donc sa propre vision d'In Rainbows tout au long de 9 titres de toute beauté.
Video Tapez est non seulement le remix de la plus belle performance de Thom Yorke sur ce dernier opus mais également l'occasion de voir naître une collabaration (virtuelle) inédite : celle avec Del.
Et lorsque ce dernier donne la réplique à cette voix hors du commun, les mots ne suffisent plus.
PS : l'album est gratuit, en téléchargement à l'adresse ci-dessous alors n'hésitez pas à profiter de ce genre d'initiative!
L'usine / La Canaille (Album : Eponyme)
Un dimanche après-midi pas comme les autres.
Olivier Cachin fait une conférence sur l'histoire du hip-hop dans une bibliothèque à Barbès. L'encyclopédie vivante du rap détaille devant un public de non-connaisseurs les tenants et les aboutissants d'un mouvement fédérateur. Le bonhomme ne m'apprend pas grand chose mais le plaisir de l'entendre s'exprimer et faire parler son expérience au sein du milieu est intact.
Parmis les nombreux exemples musicaux que nous écoutons, il y en a un qui retient mon attention.
D'une part je ne le connais pas, d'autre part le son est bon, le phrasé exempt de toute vulgarité.
Mais ce qui m'interpelle le plus, c'est le fait que Monsieur Cachin nous le présente aux côtés de classiques tels que Grand Master Flash ou encore Sugarhill Gang.
Plusieurs réécoutes confirmeront : la dénonciation est belle, le reflet du quotidien d'un ouvrier lambda bien plus poignant et interpellant que les crachats racailleux des usurpateurs voulant s'emparer du blason de nouveau poète, des porte-drapeaux caricaturaux d'un style musical qu'ils tirent vers le bas.
Guitare minimaliste et textes engagés ? On est tous un peu des enfants de Brassens.
Universal Mind Control / Common (Album : Universal Mind Control)
La mise en bouche a un goût amer, une sorte de double tromperie.
La première vient de cette musique de fond qui fait penser aux mauvais synthés recyclés dans les morceaux de dance des années 80.
La deuxième vient de la personne qui écrit ces lignes et qui vous propose de terminer votre voyage musical avec ce titre.
C'est à cet instant précis que Common commence son show.
La musique que l'on n'appréciait guère jusqu'à présent devient sympathique. On se surprend même à bouger la nuque. On se laisse porter par un son finalement assez entraînant. Et le flow du rappeur finit par achever notre recherche de conviction.
Dès lors, le contexte prend une tournure différente dans nos esprits.
Le lieu dans lequel on était s'est transformé en piste de dance sur laquelle des amateurs encerclent des breakeurs avertis.
La nuit est tombée, la soirée peut commencer.
Puis tout d'un coup, les douze coups de minuit sonne, rappelant Cendrillon vers son carosse lorsque la musique se termine.
Fin du trip ? Mieux vaut laisser un billet au conducteur pour le déplacement, lui dire de rentrer chez lui, remettre ses souliers et retourner rapidement dans la soirée en rappuyant sur play.